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 Les Almoravides : une hégémonie afro-ibérique

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Tanirt
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MessageSujet: Les Almoravides : une hégémonie afro-ibérique   Lun 14 Juil - 15:11

Les Almoravides : une hégémonie afro-ibérique

Yoro K. Fall


Parmi ses nombreux caractères culturels originaux, al-Andalus offre l'exemple rarissime d'avoir été une terre européenne conquise et gouvernée, de la fin du XIe siècle au milieu du XIIe siècle, par une dynastie africaine originaire du sud-ouest du Sahara et du Sahel sénégalo-nigérien ; représentant ainsi la seule expérience historique, certes éphémère, d'intégration politique jamais constituée entre l'Afrique de l'ouest, le Maghreb et la péninsule Ibérique.

La vision exclusivement militaire de l'histoire, tout autant que la tendance des historiens à insister, plus que de raison, sur les guerres et sur les affrontements politiques et idéologiques entre l'islam et la chrétienté, occultent encore l'origine ouest-africaine du mouvement almoravide. Sont tout aussi bien occultées la forte présence de guerriers noirs (hommes libres et esclaves) concomitante à l'hégémonie almoravide au Maghreb et en Espagne ou la constitution, à la fin du XIe et au XIIe siècles, d'un empire qui s'étendait, du nord au sud, de l'Ebre au Sénégal.

Lorsqu'en 1086, les Almoravides franchissent le détroit de Gibraltar pour se porter au secours des principautés musulmanes d'Espagne et du Portugal menacées par l'offensive castillane de reconquête chrétienne de la péninsule, ils étaient déjà solidement installés au Maghreb.

Cette base maghrébine de départ pour la conquête d'al-Andalus explique le fait que l'empire almoravide ne soit considéré que sous le prisme déformant de la série des substitutions de puissances qui ponctuent l'histoire ibéro-maghrébine.


Des origines ouest-africaines

C'est à un géographe andalou contemporain, Abu Ubayd Abd Allah al-Bakri de Cordoue, que nous devons le Livre des itinéraires et des royaumes (Kitab al-masalik wa l-mamalik) qui représente une impressionnante moisson d'informations sur l'expansion almoravide. A la manière d'un reportage, cette œuvre classique de la géographie historique nous offre un panorama complet du Sahel sénégalo-nigérien, décrit les diverses phases de la naissance de l'hégémonie almoravide, à partir du sud du Sahara et des rives du Sénégal, autour de l'année 1040.

Né des prédications d'un exégète berbère installé auprès des tribus berbères du sud de l'actuelle Mauritanie le mouvement se développe très vite sous la forme d'une coalition avec le Takrur, un État alors récemment islamisé de la vallée du Sénégal. Tout nous porte à penser que la plupart des autres cités-États du Sahel sénégalo-nigérien furent, elles aussi, parties prenantes de cette coalition.

En deux décennies, du sud au nord, les villes et les principautés des régions occidentales du Sahel et du Sahara très actives dans le contrôle des routes transsahariennes sont placées sous l'administration almoravide. Sidjilmasa, importante cité caravanière du sud marocain puis Awdaghost, la prestigieuse métropole commerciale de la Mauritanie centrale, sont tour à tour conquises. Marrakech est fondée en 1070 pour devenir leur capitale septentrionale et le bastion à partir duquel tout le reste du Maroc jusqu'à Ceuta, puis l'ouest de l'Algérie jusqu'à Tlemcen et Oran sont intégrés à l'empire.

Les Almoravides réussissent ainsi le tour de force d'unifier toutes les tribus et les confédérations tribales sahariennes et maghrébines dont la rivalité larvée et les conflits fréquents constituaient un obstacle à la régularité des relations d'échanges et à la sécurité des caravanes transsahariennes.



Une œuvre unificatrice

Combinant les opérations militaires (chevauchées de reconnaissance, escarmouches ou offensives foudroyantes) à une politique opportuniste d'alliance matrimoniale, une habile diplomatie et un prosélytisme rigoureux, ils contribuèrent à la construction et à la stabilisation d'un espace musulman sahélo-maghrébin centré sur les cultures urbaines.

Bien vite, les "guerriers voilés du désert" sont happés par la géopolitique ibérique. L'unité de l'islam péninsulaire avait volé en éclat, depuis l'affaiblissement du pouvoir central umayyade, avec la constitution d'une vingtaine de petits émirats, (les muluk al-tawa if ou reyes de taifas), aussi soucieux les uns que les autres de leur indépendance.

Leur désunion et les conflits vifs et vivaces qui les mettaient aux prises les uns avec les autres avaient permis aux castillans de conduire une offensive victorieuse qui culmina avec la conquête de Tolède en 1085.

Les Almoravides adaptèrent leur stratégie aux particularités andalouses. Tout en respectant l'indépendance de leurs protégés, ils menèrent à bien, de 1086 à 1090, trois expéditions qui leur permirent de refouler les troupes d'AlphonseVI au-delà de l'Ebre, et de stabiliser autour de Tolède et de Saragosse la ligne de front.

La troisième expédition fut, néanmoins, l'occasion propice pour déposer calife et émirs, pour dominer directement l'ensemble des territoires musulmans réunifiés.

Mouvement de réforme religieuse contestant la légitimité du pouvoir fatimide d'obédience shiite, la doctrine almoravide était d'essence malikite et sunnite. En cela, il s'insère dans l'histoire des débats entre les écoles juridiques et des conflits entre doctrines orthodoxes et doctrines hétérodoxes musulmans.

Pourtant, leur appel contraignant au retour à l'orthodoxie, leur rigorisme théologique et leurs méthodes d'endoctrinement idéologique, ne surent résister ni à l'ambiance andalouse de coexistence religieuse, ni à la civilité fonctionnelle des villes commerçantes sahéliennes, ni aux nécessités politiques et économiques liées à la géographie des territoires qu'ils contrôlaient. Ne subsistèrent, alors, que leur solide organisation politicomilitaire et leur conscience aristocratique d'appartenir à une élite venue du sud à la rescousse du monde musulman occidental.



Un impact culturel profond


L'unité géopolitique réelle des immenses territoires qu'ils constituèrent du Sénégal à l'Ebre fut de courte durée. La vigueur des cultures africaines, l'impossibilité de surmonter les obstacles climatiques sahariens et leur incapacité àdisposer des moyens militaires adéquats rendaient la tâche disproportionnée à leur force.

Maîtres, pendant quelques décennies, d'un espace qui s'étendait des points d'aboutissement de l'or ouest-africain aux zones méditerranéennes et européennes de très forte demande d'or monétaire, contrôlant étroitement les points d'ancrage du trafic transsaharien, les Almoravides surent tirer profit des richesses de ces territoires.

Leurs dinars, les célèbres marabotins, pièces de bon aloi, étaient la véritable unité de compte de cette période. Bien peu d'entre elles nous sont parvenues, la plupart ayant été refondues à l'époque, par d'autres États méditerranéens et européens, pour battre leurs propres monnaies, avec un plus faible titrage en or. Ce qui valut au pouvoir almoravide d'avoir pu être considéré par ses contemporains africains, méditerranéens et européens comme l'une des plus grandes puissances de ce temps.

L'unification politique eut un impact économique durable grâce à la réactivation du commerce transsaharien. L'or était échangé contre les produits maghrébins et andalous (tissus, métaux ouvragés, bijoux, perles, épices) et les manuscrits, en particulier les manuels de jurisprudence, les ouvrages de théologie islamique et de grammaire. Des chaînes propédeutiques (réseaux d'éducation spirituelle), vecteurs de la diffusion de l'islam, animèrent la circulation des manuscrits entre al-Andalus, le Maghreb et le Sahel.

En Méditerranée occidentale et le long des côtes atlantiques adjacentes, les fréquentes traversées, occasionnées par les projets militaires puis par les nécessités administratives, eurent des répercussions positives durables dans l'essor de la marine et de la navigation. Lisbonne et les ports situés plus au sud, Cadix et Séville, Ceuta et Malaga, Almeria et Denia, tout comme les Baléares, tirèrent grand profit de ce développement des activités maritimes et portuaires.

Ce sont, cependant, leurs réalisations architecturales et artistiques ainsi que leur rôle dans les influences croisées entre l'Espagne, le Maghreb, le Sahara et le Sahel qui soulignent l'apport culturel almoravide. L'usage et le travail très élaboré du stuc, la popularisation même au sud, à Gao (Mali), des stèles funéraires en marbre, l'urbanisation intégrée de Marrakech dont de nombreux monuments tels que la fontaine portent encore leur marque, l'édification de palais et de mosquées, prouvent leur talent de bâtisseurs, tout en soulignant la pureté de leur esthétique.

L'hégémonie almoravide contribua ainsi à la multiplication et à l'intersection des routes interculturelles d'al-Andalus, à leur élargissement aux régions sahariennes et sahéliennes d'Afrique de l'Ouest. Marrakech, leur capitale put ainsi battre au pouls andalou, les routes caravanières devinrent aussi des voies de diffusion du sunnisme, après les premiers siècles d'islamisation shiite ou kharidjite, al-Andalus, où affluèrent les forces et les richesses du sud profond, puisa à ces nouvelles sources d'inspiration, en dépit des dérives initiales liées à la rigueur des"guerriers voilés du désert".

Ces derniers se conformèrent très vite aux conditions de la civilisation andalouse. Cette adaptation a permis la perpétuation du rôle de carrefour joué par al-Andalus. Elle donne aussi la mesure de l'envergure atteinte par cette culture de la confluence culturelle qui a su avoir raison de la rudesse des Almoravides.


Source: wwwunesco.org
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