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 HEMMU UNAMIR, LA LEGENDE

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itrinit
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MessageSujet: Re: HEMMU UNAMIR, LA LEGENDE   Lun 29 Sep - 12:59

Une autre lecture du roman de notre ami Atanane, c’est mon point de vue personnel, ça n’engage que moi. Je m'excuse à l'avance auprès de l’auteur , Je m'excuse auprès de ceux que ça aurait choqué.

Tout à commencer pour lui avec cette talluht (planchette enduite du sênsâr) et avec l’apprentissage de ce long trait appelé "alif". Le talb n timzgid ne cesse pas de lui répéter toute la journée : "ughzif ad aygan lif".
Anamir devient vite un amehdar brillant, il dévore férocement, tbarkllah ns, tout ce que le talb lui présente. En quelques jours, il a déjà tout avalé : des repas trop copieux de récitation et des mets indigestes de prières, à tel point qu’il commence à faire, chaque nuit, des rêves étranges, des cauchemars liés à l’indigestion. Eh oui, bizarrement, Anamir trouve à son réveil, ses mains tatouées de lhenna.
C’est ainsi que chaque matin, avant la prière d’alfajr, anamir reçoit sa ration de punition, plus le talb frappe fort, plus anamir apprend facilement ces leçons.
« L’obéissance à la volonté divine est la voie du salut et de la félicité ! » lui répétait- on souvent
Il demande au talb des conseils pour résoudre cet énigme des tatouages de lhenna,
« Jeûne et invoque le Tout Puissant trois nuits consécutives.» lui suggère le talb.
Anamir veille dans le noir, il aperçoit un être extraordinaire qui vient lui rendre visite, ce ne peut être qu’un ange du paradis.
« Qu’importe sa nature et ses intentions, bonnes ou malicieuses! C’est la femme de mes rêves, telle que je l’imagine et je veux tant la connaître ! » murmure anamir tout bas avant d’adresser la parole à la créature :
« Sois le bienvenu, Esprit de lumière, toi dont émane la beauté de Dieu, sa bonté et sa gloire ! Est- ce Lui qui t'a amené jusqu'à moi ? »
«Anamir, toi dont les pensées sont pures et élevées, ne t’effraie pas de ce qui t’arrive ! Accorde- moi ton cœur et donne moi ta confiance afin que j'accomplisse ce pourquoi je suis venue! ......... Voici ce que je réclame de toi, Hemmu, si tu désires que je reste auprès de toi et si seulement tu acceptes mes exigences: Ni les anges du ciel/autres civilisations qui n’approuvent pas mon choix ni les hommes de ton village/imazighen qui ne conçoivent la liberté d’aimer ne doivent connaître ma présence ici : que jamais je n'aperçoive ni tes voisins, ni tes amis, ni même ta mère/tamazight ! …... Es- tu prêt à accomplir mon souhait ? »

Comblé de joie Anamir accepte aussitôt la demande de sa dulcinée. Il lui consacre ainsi toute sa tendresse et son attention. Elle ne lui parle que de sa maison dans le paradis des cascades, là bas, très haut dans le 7ème ciel. Des rivières, des arbres, des fruits, des anges, …
Anamir oublie au fil des jours sa mère tamazight.
La vieille dame a déjà remarqué le comportement indifférent de son fils amazigh, angoissée par tant de soupçons, elle résout de profiter de son absence pour découvrir toute la vérité.
« Qui es- tu, fille des rues ? Quelle est ta tribu et quels sont ton père et ta mère, toi qui te caches dans ma demeure? Serais- tu une jeteuse de mauvais sorts, toi qui as envoûté Hemmu et l’as détourné de sa mère et de sa carrière? Serais- tu une dévergondée, une prostituée pour accepter de vivre ainsi avec un homme, sans mariage? » dit-elle à cette étrangère. Une réaction raisonnable, toute à fait compréhensible. Toute mère aurait le même comportement vis à vis d’un envahisseur. Mais Tanirt, le nez dans le ciel, ne supporte pas ces reproches et ne trouvant aucune explication, quitte la maison.

Pendant une longue période, anamir reste cloîtré dans son village, n’ayant plus le goût à vivre loin de son amour, un jour il décide de rejoindre sa bien aimée.
Et pour faire plaisir à sa dulcinée, pour lui prouver son grand Amour, pour recevoir sa benidiction, il est même devenu guerrier, il a fait le jihad fi sabil illah dans le pays des kuffar, il a participé à faire répandre la langue sacrée là ou il passe.

Finalement, il arrive au 7ème ciel, au paradis de tanirt.
« Mais tu ne pourras pas entrer dans la Cité des Anges comme ça ! Tout étranger y est proscrit, tu vas t’attirer des ennuis ainsi qu’à Tanirt et à ton fils Afer. Personne d’autre que les Anges n’ y est toléré, c’est ainsi depuis toujours ! Tu as intérêt à trouver quelque subterfuge pour prévenir Tanirt de ta présence ici, elle saura comment faire. » Lui conseille une fée
« _ Mais pourquoi les Anges ne tolèrent- ils pas les étrangers dans leur cité ? Ne sont- ils pas réputés pour leur bonté, des esprits de paix et d’amour ? »
Très bonne question mais dont il n’a jamais trouver de réponse, c’est vrai, il a compris, mais tardivement, qu’il ne pourra jamais être qu’amazigh et pas quelqu’un d’autre, qu’il sera toujours considéré comme étranger là où il va, loin de sa patrie. Il a compris qu’il ne pourra jamais se dépouiller de son identité personnelle pour épouser celle des autres. Petit à petit son esprit est obsédé par l’extraordinaire fenêtre inter dimensionnelle, qui lui demeurait mystérieuse et interdite.
Il demande un jour à tanirt de lui expliquer comment elle faisait pour aller sur terre, elle refuse catégoriquement de lui donner aucune explication.
« _ Mais… ? Ton cœur est ailleurs, auprès de ton pays et de ton passé. » dit-elle.

Rongé par sa nostalgie, ne supportant plus à vivre dans ce cauchemar, anamir se jette par la fenêtre, un suicide, en espérant atterrir un jour sur terre sans trop de dégâts.
Unamir est maintenant entre le ciel et la terre, perdu entre les nuages, les mirages, il n’est ni arabe ni amazigh.

La vieille mère d’anamir, notre mère à tous, notre tamazight, est toujours vivante, elle se porte bien.
Tudert i tmazight.
amour


tanmirt nnun
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atanane



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MessageSujet: Re: HEMMU UNAMIR, LA LEGENDE   Lun 29 Sep - 15:18

Ayyuz, Itrinit!
J'apprécie énormément ta nouvelle lecture, qui ouvre de nouvelles perspectives pour ce conte.
Tout d'abord je te remercie pour avoir rectifié mon inexcusable erreur:

"Je connais le saint sidi Brahim u Ali n tghanimin des ida utanan.":
merci pour m'avoir corrigé.

2/ Concernant la " disparition" du cheval: dans la version " roman" je n'ai pas voulu que Anamir égorge son fidèle ami; il le remplace par un mouflon, animal abondant dans les montagnes de l'Atlas à cette époque là. Son cheval va encore l'aider à traverser une grande distance, jusqu'au pays basque. C'est là qu'il le quitte, en le laissant aux soins de Vasco, le " Sage de la montagne". Voici le passage où Anamir fait ses adieux à Ayis:

cf:// Chapitre XI/ "(...) Bien, qu’il en soit ainsi. Tu dois alors faire tes adieux à ton cheval, parce que là où tu vas il ne pourra pas te suivre, tu le sais bien. »
Anamir reçut cette recommandation comme une terrible ruade, bien qu’il s’y attendait. Jamais il ne s’était imaginé de se séparer de son fidèle compagnon. Sa tête bourdonna d’une immense tristesse à tel point qu’il demeura interdit, ne sachant pas quoi répondre. Le vieillard le considéra avec compassion et il cessa de plaisanter. Anamir se releva et se dirigea dehors, hébété, là où se trouvait Ayis. En le voyant venir à lui le cheval exprima de la joie en secouant sa crinière soyeuse, comme une salutation à son maître.
Anamir serra contre sa poitrine l’énorme tête en pleurant comme un enfant ; des paroles désordonnées montaient dans sa gorge, entrecoupées de larmes amères. Il chuchota dans ses oreilles des mots qu’il n’aurait jamais pensé prononcer un jour car il ressentait qu’il quittait pour toujours la dernière créature qui comptait pour lui :
_ Au revoir, mon Ayis bien aimé. Pardonne- moi de te quitter. Mais ici se termine notre voyage. Tu as été mon ami le plus fidèle et le plus proche ; je te dois ma vie bien des fois et mes souvenirs de jeunesse et de liberté. Nos esprits ne se quitteront jamais. »
Le cheval semblait comprendre chaque parole et il hochait sa tête, renâclait en raclant le sol de son sabot, humant de ses naseaux l’odeur du jeune homme comme pour s’en imprégner à jamais.
_ J’en prendrai soin, Anamir, il ne manquera de rien, je te le promets, sauf de ta compagnie. » Lui dit le vieillard, qui assistait à cette émouvante scène.
Anamir embrassa tendrement sa monture entre ses deux grands yeux emplis d’une silencieuse mélancolie, puis il se détacha de lui, la mort dans l’âme, prêt à suivre le Sage de la montagne qui avait entamé la marche en poussant sa canne devant lui. Ayis poussa un dernier hennissement déchirant quand les deux hommes disparurent de sa vue.


Mais je trouve personnellement l'idée du retour du cheval seul à la maison de Anamir très intéressante!


2ème remarque :Est ce que anamir a vraiment vécu une histoire d’amour avec tanirt? Est ce que tanirt éprouve vraiment des sentiments d’amour envers anamir ?

Oui, en ce qui me concerne je crois que Tanirt l'a vraiment aimé: c'est Anamir qui l'a retenue, qui lui a imposée de vivre sur terre, auprès de lui; elle, elle ne veut pas se "souiller" du mal terrestre, mais elle se sacrifie par amour, accepte de vivre cloîtrée, comme dans une prison. Je considère Tanirt comme le symbole de la connaissance parfaite et de la pureté, l'idéal de Hemmu. Elle se donne à lui, lui donne un enfant, transgressant la loi des anges; elle lui réclame de la rejoindre au paradis: c'est une métaphore: si Hemmu veut aller plus loin sur le chemin de l'amour, de la connaissance et de la pureté ( ce qu'il a toujours désiré, dès le départ ), il doit quitter sa patrie, quitter les humains: la connaissance parfaite a un prix exorbitant. Mais la nostalgie est la plus forte.

3ème remarque : " anamir le bienheureux est-il vraiment heureux
Jamais, jamais"
:

C'est vrai, Hemmu a connu d'énormes souffrances; j'ai forcé un peu sur le registre pathétique, déjà présent dans le conte originel, où la fin du héros est tragique; tout d'abord c'est un orphelin mais il a hérité de la sagesse amazighe traditionnelle et ancestrale; il subit dans la zaouiya un apprentissage et une acculturation forcée: c'est un alliéné qui doit se détacher de son identité et de sa propre culture. Mais c'est un élu: l'ange l'a choisi pour lui transmettre encore plus de savoir et plus de sagesse, de marcher dans la voie de l'amour parfait: il y est presque arrivé, mais l'amour de sa terre a été le plus fort.

Mille remerciements, cher Itrinit. Je reviendrai plus tard sur ta lecture personnelle du conte, très intéressante.


Dernière édition par atanane le Lun 29 Sep - 16:09, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: HEMMU UNAMIR, LA LEGENDE   Lun 29 Sep - 16:06

Merci beaucoup a gma pour tes précisions claires et détaillées.
Je m'excuse, j'ai pas vu ce discours d'adieu entre anamir et son cheval. je sais pas pourquoi? moi qui croyais avoir tout lu. C'est difficile de lire directement sur l'écran.

tanmirt nk a gma.
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amawas



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MessageSujet: Re: HEMMU UNAMIR, LA LEGENDE   Mar 7 Oct - 8:48

très belle légende, merci l'auteur: Atanane.
une grande histoire d'amour entre unamir et tanirt.
Il est longue mais très intéressante et passionnante.
Quand on est plongé dans l'histoire, on croit que c'est nous qui faisons l'aventure dans l'univers d'anamir, franchement on oublie tout.
j'invite les membres à lire cette histoire parce qu'elle est vraiment passionnante et je dis bravo à Atanane.
ha boujour nk atagwmat. respect respect respect
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atanane



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MessageSujet: Re: HEMMU UNAMIR, LA LEGENDE   Mer 8 Oct - 10:27

C'est moi qui te remercie infiniment pour ta patiente lecture et ton appréciation sympathique qui m'encourage, Amawas. Tanmirt nek agma Wink
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MessageSujet: Re: HEMMU UNAMIR, LA LEGENDE   Aujourd'hui à 8:02

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